SOMMAIRE:


Présentation


1000 ans d'Histoire:

  1. La seigneurie

  2. La propriété d'Etuf

  3. L'Eglise Saint Pierre Saint Paul

  4. L'école des filles

  5. L'établissement sidérurgique

  6. La légende de la cascade d'Etuf

  7. Bibliographie

 

Rouvres sur Aube

Petit village  de 102 habitants, Rouvres sur Aube se situe le long de la vallée de l'Aube,  à dix kilomètres de son chef-lieu de canton, Auberive.
Son nom mélodieux tire de l'arbre sa résonance toponymique: Rouvres, du latin " Robur" signifie chêne rouvres. La forêt est un des fleurons du patrimoine haut-marnais: aucun paysage  ne s'y déploie sans le profil verdoyant d'un bois à l'horizon, aucune contrée sans son réseau de verdure arborée. Rouvres est de ces paysages féeriques. En son coeur, coule doucement la rivière Aube tout juste naissante, capricieuse de temps à autre au printemps.


1000 ans d'Histoire

Ce village est mentionné en 936 dans une charte, donnée par un évêque de Langres. Les évêques de Langres étaient souverains de Rouvres et ils y avaient une haute justice qui relevait du bailliage seigneurial de Gurgy-le-château.

La seigneurie qui relevait de l'évêché et de la prévôté de Gurgy-le-Château appartenait à un laïque. Il devait foi et hommage à l'évêque. Au XVIè siècle la seigneurie appartenait à la famille d'Esquilly qui possédait aussi les domaines de Bay-sur-Aube et de la Cude, puis elle passa par alliance à la maison de Vienne, ensuite aux Brûlart, et finalement au XVIIIè siècle à la famille de Tiffard avec le titre de comté, et en dernier lieu, en 1749 à la maison de Montarby. Le château qui est bien conservé, date du XVIIè siècle, il était fortifié avant la révolution et protégé par des fossés profonds. A l'époque de la Révolution française, Mr de Charlay, gascon d'origine, le laissa à sa fille qui le vendit à Mr Cauvigny, avocat à Chaumont. Puis il fut cédé à Mr le comte de Montmort. A présent le château appartient à Mr et Mme Read, propriété privée.

La propriété d'Etuf qui fut autrefois une ferme, fut construite par un ancien préfet de Paris, le comte Frochot. Celle-ci appartient à présent à Mr De Thomasson, propriété privée. Non loin de là, coule la légendaire cascade d'Etuf.

L'église Saint-Pierre et Saint-Paul date du XIXè siècle. Elle était le siège d'une cure à la nomination de l'évêque. Son maître-autel est attribué au sculpteur langrois, Antoine Besançon. 
Antoine Besançon est né le 11 janvier 1734. Il a exécuté entre autre le fronton du collège de Langres ( 1778 ), et les deux statues qui s'appuient sur les rampants du fronton de la cathédrale Saint-Mammès de la même ville ( 1768 ).

Rouvres a possédé une école de filles,  fondée en 1844 par la commune et dirigée par les soeurs de la Providence de Langres. Cette maison privée  appartient à présent à Mr et Mme Vignozzi et une croix chrétienne  sculptée à l'entrée reste encore visible.

La plupart des établissements sidérurgiques de l'Aube et de l'Aujon se sont installés dans les trente premières années du XVIè siècle ( à  Rouvres, forge en 1508 ). Après une longue période d'inactivité, la forge fut reconstruite en 1822 et comprenait alors un haut-fourneau et un foyer d'affinage. En 1839, le haut-fourneau produisait annuellement 600 tonnes de fonte, employait 9 ouvriers ( 1834 ), mais du fait de son trop grand éloignement des minières de Latrecey, l'usine périclita et s'arrêta en 1850. L'usine fut transformée en scierie en 1874, pour finalement devenir un hôtel-restaurant. Aujourd'hui c'est la maison d'habitation de Mr et Mme Wolf. Le bief subsiste encore, témoin de l'activité industrielle passée. 

 

La cascade d'Etuf:
" En aval, entre Rouvres sur Aube et Aubepierre sur Aube, à quelques pas de la rivière, rive gauche, au pied des collines boisées et sous de majestueuses futaies, un ruisseau s'écoule en une étonnante suite de cascatelles: c'est la cascade pétrifiante d'Etuf, à côté de la ferme du même nom. Très calcaire, et peut-être aidée par l'homme en une époque inconnue,  l'eau façonna de multiples gradins sortes de dalles débordant les unes des autres, comme des éventails, de la surface desquels le courant tombe en une multitude de filets argentés. Magie de l'eau. Pittoresque et ravissant spectacle. Autrefois les vachers de la ferme exposaient, pour en tirer ensuite de l'argent, des objets de vannerie sous la retombée des gradins. Quelques mois suffisaient pour les recouvrir d'une aimable robe de calcaire..."
                                                                           
                                                                                 Jean Robinet

La légende de la cascade d'Etuf:
Jadis vivait à Rouvres-Arbot, entre Arc-en-Barrois et Auberive, un pauvre paysan nommé Valentin, près de ses sous, voûté par le travail, et n'ayant en tête que le riche mariage qu'il voulait tirer de sa fille. Toute la semaine, on le voyait trimer, mal rasé, en haillons, plus sale que ses vaches, et s'il buvait un verre à l'auberge, en passant, il en profitait pour se plaindre, et le plus pauvre du village lui aurait bien donné un sou pour qu'il mange un morceau. Mais le soir, après la soupe aux pois qu'il lapait sous la chandelle, la Mélie allait chercher le bas de laine, et tous deux, ils recomptaient pour la centième fois les pièces qui sonnaient. Un soir, Valentin laissa la Mélie aller chauffer le lit, et se remit à compter et à contempler les pièces. Et il se dit comme ça que, cré nom ! ça ne rentrait pas vite ! Les récoltes n'étaient plus ce qu'elles étaient dans l'temps ! Les poules ne pondaient pas, ces vaches-là ! et la gamine avait bien du mal à trouver un mari ! Alors, il décida d'appeler le diable pour savoir si le Malin connaissait un moyen de l'aider. Il l'appelle, il est là. « Tu me demandes, vieux grigou ? Est-ce de l'or qu'il te faut ? J'en ai plein mes coffres... » Le paysan avait fait un saut en arrière en voyant surgir le démon cornu et poilu qui le regardait d'un air malicieux et fascinateur. Ils s'assirent tous deux autour du feu. Valentin ouvrait une bouche comme un four et des yeux comme des lucarnes ; devant lui, inondé des lueurs du brasier, le diable ricanait, en se caressant la barbiche. Satan sortit un parchemin et selon les doléances de Valentin, il notait en écrivant avec du sang ce qui allait être l'enjeu de leur pacte. Valentin voulait bien deux ou trois boeufs, une nouvelle charrette, un cheval, une bonne vache laitière, un époux pour sa fille, et une source dans son pré. Il demanda aussi une récolte superbe, une mauvaise pour son voisin, et des voix aux prochaines élections. Ensuite il se creusa la cervelle pour savoir ce qu'il pourrait offrir au diable en échange. L'autre faillit étrangler de voir autant d'insolence et de naïveté. « Comment ? Mais c'est ton âme que je veux ! Le jour de ton trépas, je serai là, à ton chevet, et je t'emporterai dans mon royaume dès que tes yeux seront fermés ! » Valentin protesta, supplia, discuta. Il voulait bien faire du mal aux autres paysans, donner des cornes au grand Lucien, faire des farces au curé, mais, son âme, pas question ! Il comptait bien l'emmener devant Saint Pierre. Satan se tenait les côtes. Il dut étouffer son rire grinçant pour ne pas réveiller la Mélie qui ronflait à côté. « Tu plaisantes, coquin de croquant ! Moi, je ne prends que les âmes, et j'aurai la tienne ! » Valentin continua à marchander, et finalement dit au diable qu'il préférait qu'il lui imposât une épreuve en échange de ces biens. « Entendu ! répliqua Satan, tu l'auras voulu ! Je vais aller m'endormir dans ta paille, et avant que le coq ne chante, tu devras vider tout l'étang qui se trouve près d'ici, sur la route de Dancevoir. Travaille bien ! Sinon... C'est ton âme ! » Et sur ce, il s'esquiva. Le pauvre Valentin s'assit, et, la tête dans les mains, se mit à réfléchir. Vider l'étang en une nuit, seul, était impossible... Et pourtant il n'avait pas envie d'envoyer son âme dans la fournaise de ce scélérat. Soudain, il eut une idée. Il courut au poulailler ; les poules dormaient. Soigneusement il tendit des toiles sur les ouvertures afin d'empêcher le jour de passer, et lorsque tout fut voué aux ténèbres, il sortit en se frottant les mains. A nous deux maintenant, semblait-il dire. Il alla se coucher. Le lendemain à l'aube, le coq ne chanta pas. Alors, Valentin courut dans le village, et demanda à tous les habitants de Rouvres de l'aider à vider l'étang et de jeter l'eau dans la rivière afin de lui donner plus de vie et de gagner un peu de terrain cultivable. Comme il avait la réputation d'être un malin, Valentin fut cru et réunit une centaine d'hommes qui se présentèrent avec leurs seaux. Pendant plusieurs jours ce fut un travail de titan. Les seaux allaient et venaient et l'eau descendait régulièrement. Enfin il n'y eut plus une goutte dans l'étang. Valentin rentra chez lui et retira les toiles qui privaient le coq de la lumière du jour. Le lendemain il rechanta. Le diable se réveilla, bâilla, s'étira, puis alla trouver le paysan. Lorsque celui-ci lui annonça qu'il était arrivé au bout de son épreuve, Satan crut à une plaisanterie. Finalement il se décida à accompagner Valentin sur les lieux de ses exploits. « Diable ! dit le démon, c'est fantastique ! Comment as-tu fait ? » Valentin expliqua sa ruse et empocha le pacte. Alors le diable, honteux et rageur, se mit à hurler et à taper des pieds dans l'eau qui fuyait en chantant. Enfin, il maudit Valentin et s'enfuit en suivant le cours de l'eau. Ses pieds frappèrent les pierres, laissant de grandes marches sur lesquelles la rivière se mit à sauter en cascade. On dit que sur certains paliers de la cascade d'Etuf, on aperçoit encore les griffes de ses pattes.

 

Bibliographie

La Haute-Marne ancienne et moderne d’Emile Jolibois (1861).

Patrimoine industriel par Gilles Alvès (1997).

Département de la Haute-Marne, dictionnaire historique des communes, par l’abbé Roussel (1875, réédition).

251 personnages du Pays haut-marnais XIXè - XXè siècles, par Jean-Marie Chirol (1983).

Contes et légendes du vieux pays haut-marnais, par Yvon Lallemand.