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Petit village de
102 habitants, Rouvres sur
Aube se situe le long de la vallée de l'Aube, à dix
kilomètres de son chef-lieu de canton, Auberive.
Son nom mélodieux tire de l'arbre sa résonance toponymique: Rouvres,
du latin " Robur" signifie chêne rouvres. La forêt est un
des fleurons du patrimoine haut-marnais: aucun paysage ne s'y
déploie sans le profil verdoyant d'un bois à l'horizon, aucune
contrée sans son réseau de verdure arborée. Rouvres est de ces
paysages féeriques. En son coeur, coule doucement la rivière Aube
tout juste naissante, capricieuse de temps à autre au printemps.
1000
ans d'Histoire
Ce village est mentionné en 936 dans une charte,
donnée par un évêque de Langres. Les évêques de Langres étaient
souverains de Rouvres et ils y avaient une haute justice qui
relevait du bailliage seigneurial de Gurgy-le-château.
La seigneurie
qui relevait de l'évêché et de la prévôté de Gurgy-le-Château
appartenait à un laïque. Il devait foi et hommage
à l'évêque. Au XVIè siècle la seigneurie appartenait à la
famille d'Esquilly qui possédait aussi les domaines de Bay-sur-Aube
et de la Cude, puis elle passa par alliance à la maison de Vienne,
ensuite aux Brûlart, et finalement au XVIIIè siècle à la famille
de Tiffard avec le titre de comté, et en dernier lieu, en 1749 à la
maison de Montarby. Le château qui est bien conservé, date du XVIIè
siècle, il était fortifié avant la révolution et protégé
par des fossés profonds. A l'époque de la Révolution française, Mr
de Charlay, gascon d'origine, le laissa à sa fille qui le vendit
à Mr Cauvigny, avocat à Chaumont. Puis il fut cédé à Mr le comte
de Montmort. A présent le château appartient à
Mr et Mme Read, propriété privée.
La propriété d'Etuf
qui fut autrefois une ferme, fut construite par un ancien préfet de
Paris, le comte Frochot. Celle-ci appartient à présent à Mr De
Thomasson, propriété privée. Non loin de là, coule la légendaire cascade d'Etuf.
L'église
Saint-Pierre et Saint-Paul date
du XIXè siècle. Elle était le siège
d'une cure à la nomination de l'évêque. Son maître-autel est
attribué au sculpteur langrois, Antoine Besançon.
Antoine Besançon est né le 11 janvier 1734. Il a exécuté entre
autre le fronton du collège de Langres ( 1778 ), et les deux statues qui
s'appuient sur les rampants du fronton de la cathédrale Saint-Mammès
de la même
ville ( 1768 ).
Rouvres a possédé une
école de filles, fondée en 1844 par la commune et
dirigée par les soeurs de la Providence de Langres. Cette maison
privée appartient à présent à Mr et Mme Vignozzi et une
croix chrétienne sculptée à l'entrée reste encore visible.
La
plupart des établissements sidérurgiques de l'Aube et de
l'Aujon se sont
installés dans les trente premières années du XVIè siècle (
à Rouvres, forge en 1508 ). Après une longue période d'inactivité, la
forge fut reconstruite en 1822 et comprenait alors un haut-fourneau et
un foyer d'affinage. En 1839, le haut-fourneau produisait
annuellement 600 tonnes de fonte, employait 9 ouvriers ( 1834 ), mais
du fait de son trop grand éloignement des minières de Latrecey,
l'usine périclita et s'arrêta en 1850. L'usine fut
transformée en scierie en 1874, pour finalement devenir un
hôtel-restaurant. Aujourd'hui c'est la maison d'habitation de Mr et Mme Wolf.
Le bief subsiste encore, témoin de l'activité industrielle
passée.
La cascade
d'Etuf:
" En aval, entre Rouvres sur Aube et Aubepierre sur Aube, à quelques pas de
la rivière, rive gauche, au pied des collines boisées et sous
de majestueuses futaies, un ruisseau s'écoule en une étonnante suite de
cascatelles: c'est la cascade pétrifiante d'Etuf, à côté de la ferme du même nom.
Très calcaire, et peut-être aidée par l'homme en une époque
inconnue, l'eau façonna de multiples gradins sortes
de dalles débordant les unes des autres, comme
des éventails, de la surface
desquels le courant tombe en une multitude de filets argentés.
Magie de l'eau. Pittoresque et ravissant spectacle. Autrefois les
vachers de la ferme exposaient, pour en tirer ensuite de l'argent, des
objets de vannerie sous la retombée des gradins. Quelques mois
suffisaient pour les recouvrir d'une aimable robe de calcaire..."
Jean
Robinet
La
légende de la cascade d'Etuf:
Jadis vivait à Rouvres-Arbot, entre Arc-en-Barrois
et Auberive, un pauvre paysan nommé Valentin, près de ses sous,
voûté par le travail, et n'ayant en tête que le riche mariage qu'il
voulait tirer de sa fille. Toute la semaine, on le voyait trimer,
mal rasé, en haillons, plus sale que ses vaches, et s'il buvait
un verre à l'auberge, en passant, il en profitait pour se plaindre,
et le plus pauvre du village lui aurait bien donné un sou pour
qu'il mange un morceau. Mais le soir, après la soupe aux pois
qu'il lapait sous la chandelle, la Mélie allait chercher le bas
de laine, et tous deux, ils recomptaient pour la centième fois
les pièces qui sonnaient. Un soir, Valentin laissa la Mélie aller
chauffer le lit, et se remit à compter et à contempler les
pièces. Et il se dit comme ça que, cré nom ! ça ne rentrait
pas vite ! Les récoltes n'étaient plus ce qu'elles étaient
dans l'temps ! Les poules ne pondaient pas, ces vaches-là ! et la
gamine avait bien du mal à trouver un mari ! Alors, il décida
d'appeler le diable pour savoir si le Malin connaissait un moyen de
l'aider. Il l'appelle, il est là. « Tu me demandes, vieux grigou
? Est-ce de l'or qu'il te faut ? J'en ai plein mes coffres... » Le
paysan avait fait un saut en arrière en voyant surgir le démon cornu
et poilu qui le regardait d'un air malicieux et fascinateur. Ils
s'assirent tous deux autour du feu. Valentin ouvrait une
bouche comme un four et des yeux comme des lucarnes ; devant lui,
inondé des lueurs du brasier, le diable ricanait, en se caressant
la barbiche. Satan sortit un parchemin et selon les doléances de
Valentin, il notait en écrivant avec du sang ce qui allait être
l'enjeu de leur pacte. Valentin voulait bien deux ou trois boeufs, une
nouvelle charrette, un cheval, une bonne vache laitière, un
époux pour sa fille, et une source dans son pré. Il demanda
aussi une récolte superbe, une mauvaise pour son voisin, et des
voix aux prochaines élections. Ensuite il se creusa la cervelle
pour savoir ce qu'il pourrait offrir au diable en échange. L'autre
faillit étrangler de voir autant d'insolence et de naïveté. «
Comment ? Mais c'est ton âme que je veux ! Le jour de ton trépas, je
serai là, à ton chevet, et je t'emporterai dans mon royaume
dès que tes yeux seront fermés ! » Valentin protesta, supplia,
discuta. Il voulait bien faire du mal aux autres paysans, donner des
cornes au grand Lucien, faire des farces au curé, mais, son
âme, pas question ! Il comptait bien l'emmener devant Saint Pierre.
Satan se tenait les côtes. Il dut étouffer son rire grinçant
pour ne pas réveiller la Mélie qui ronflait à côté. « Tu
plaisantes, coquin de croquant ! Moi, je ne prends que les âmes, et
j'aurai la tienne ! » Valentin continua à marchander, et finalement
dit au diable qu'il préférait qu'il lui imposât une épreuve
en échange de ces biens. « Entendu ! répliqua Satan, tu l'auras
voulu ! Je vais aller m'endormir dans ta paille, et avant que
le coq ne chante, tu devras vider tout l'étang qui se trouve
près d'ici, sur la route de Dancevoir. Travaille bien ! Sinon...
C'est ton âme ! » Et sur ce, il s'esquiva. Le pauvre Valentin
s'assit, et, la tête dans les mains, se mit à réfléchir. Vider
l'étang en une nuit, seul, était impossible... Et pourtant il
n'avait pas envie d'envoyer son âme dans la fournaise de
ce scélérat. Soudain,
il eut une idée. Il courut au poulailler ; les poules dormaient.
Soigneusement il tendit des toiles sur les ouvertures afin
d'empêcher le jour de passer, et lorsque tout fut voué aux
ténèbres, il sortit en se frottant les mains. A nous deux
maintenant, semblait-il dire. Il alla se coucher. Le lendemain à
l'aube, le coq ne chanta pas. Alors, Valentin courut dans le village,
et demanda à tous les habitants de Rouvres de l'aider à vider
l'étang et de jeter l'eau dans la rivière afin de lui
donner plus de vie et de gagner un peu de terrain cultivable.
Comme il avait la réputation d'être un malin, Valentin fut cru et
réunit une centaine d'hommes qui se présentèrent avec leurs
seaux. Pendant plusieurs jours ce fut un travail de titan. Les seaux
allaient et venaient et l'eau descendait régulièrement. Enfin
il n'y eut plus une goutte dans l'étang. Valentin rentra chez lui et
retira les toiles qui privaient le coq de la lumière du jour. Le
lendemain il rechanta. Le diable se réveilla, bâilla, s'étira, puis
alla trouver le paysan. Lorsque celui-ci lui annonça qu'il
était arrivé au bout de son épreuve, Satan crut à une
plaisanterie. Finalement il se décida à accompagner Valentin
sur les lieux de ses exploits. « Diable ! dit le démon, c'est
fantastique ! Comment as-tu fait ? » Valentin expliqua sa ruse et
empocha le pacte. Alors le diable, honteux et rageur, se mit à hurler
et à taper des pieds dans l'eau qui fuyait en chantant. Enfin,
il maudit Valentin et s'enfuit en suivant le cours de l'eau. Ses
pieds frappèrent les pierres, laissant de grandes marches sur
lesquelles la rivière se mit à sauter en cascade. On dit que
sur certains paliers de la cascade d'Etuf, on aperçoit encore les
griffes de ses pattes.
La Haute-Marne ancienne et moderne d’Emile
Jolibois (1861).
Patrimoine industriel par Gilles Alvès (1997).
Département de la Haute-Marne, dictionnaire
historique des communes, par l’abbé Roussel (1875, réédition).
251 personnages du Pays haut-marnais XIXè - XXè
siècles, par Jean-Marie Chirol (1983).
Contes et légendes du vieux pays haut-marnais, par
Yvon Lallemand.

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